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andré lhote (1885 - 1962)

lhotemirmande

André LHOTE, peintre, illustrateur et critique d'art, né à Bordeaux (Gironde) le 5 juillet 1885, mort à Paris, le 24 janvier 1962 (Ec. Fr.).
Peu d'artistes du XX siècle sont aussi connus qu'André Lhote et pourtant son œuvre peint est l'objet, de la part du public spécialisé, d'une réserve injustifiée. Nous ne savons plus l'origine de cet adage, qui touche là la superstition, qu'il est impossible en un art d'être à la fois juge et partie, critique et créateur. Ne pouvant nier la qualité de ses nombreux écrits théoriques ni l'influence universelle qu il’exerça, de son Académie, sur des milliers de disciples, venus de tous les continerits, c'est son œuvre même que l'on a voulu abaisser à des titres divers. II était trop commode de taxer cet œuvre de sécheresse et de pédantisme, d'autant plus que le reproche est parfois exact, mais quel artiste n'a jamais produit que des œuvres égalas à elles-mêmes ? En vérité André Lhote est un travailleur infatigable et, outre d'innombrables activités, il a produit énormément. Aussi, alors que certaines de ses toiles resteront irremplaçables dans le panorama de l'Ecole de Paris de 1900 à 1950, d'autres seront moins prisées, mais jamais, comme chez tant d'artistes, parce qu'il aura sacrifié à la facilite, plutôt au contraire par excès de science. A Bordeaux, il avait passé dix années en apprentissage chez un sculpteur-décorateur et suivait les cours de sculpture-décorative à l'Ecole des Beaux-Arts. Peut-être acquit-il alors le sens du monumental, qui caractérisera plus tard sa manière et lui permettra l'exécution aisée de grandes compositions, telle L'Escate de 1913. Il faut admirer encore que cet érudit de l'art soit un autodidacte. Sculptant le bois, c'est en lisant les Salons de Diderot, le Journal de Delacroix ou les Curiosités esthétiques de Baudelaire, qu'il vint à la peinture. Il apprit à connaître les Impressionnistes, admira Gauguin et copia Rubens et Delacroix. Il envoya aux Indépendants dès 1906, à l'Automne en 1907, et en 1910 la Galerie Druet lui organise sa première exposition particulière. Il vient se fixer alors à Paris, où il comprend pleinement la leçon de Cézanne et expose aux premières manifestations cubistes. Charles Morice, Apollinaire, André Gide et Maurice Denis remarquent aussitôt ses dons. André Lhote se comprend tout naturellement dans cette traction du mouvement cubiste que l'on qualifie de française et que représentait assez complètement le groupe de La Section d'Or. Pour ces artistes, il s'agissait de concilier le facteur émotif, offert par la réalité extérieure, avec l'intcrêt spirituel, dégagé de la traduction en langage plastique de cette réalité extérieure. Dans cette branche française du Cubisme il faut rapprocher, outre André Lhote, La Fresnaye, Delaunay, Jacques Villon, sans omettre leur descendance, issue en grande part de renseignement d'André Lhote : Pignon, Singier, Manessier et bien d'autres, tout au moins dans leur première manière. Dès 1918, André Lhote a professé dans différentes Académies, jusqu'à la fondation, en 1922, de sa propre Académie, rue d'Odessa. Cet enseignement, il l'a ordonné en de nombreux ouvrages et articles, abondamment illustrés de reproductions, pour compenser par des exemples l'irremplaçable mise en pratique de la théorie, telle qu'il la guide au cours du travail matériel de l'atelier, tenant, de 1918 à 1940, la rubrique artis-tique de la Nouvelle Revue Française. Voulant malicieusement montrer que ce n'est pas parce qu'il écrit sur l'art que son œuvre doit être obligatoirement négligé, il a réuni, sous le titre De la palette à l'écritoire, des textes, souvent surprenants, de nombreux grands maîtres, parmi lesquels, on s'en doute, de Léonard de Vinci.

Mais l'essentiel de son enseignement réside dans ses deux Traité du Paysage et Traité de la Figure. C'est un maître incomparable qui a su dégager tous les éléments transmissibles des œuvres du passé et de nos jours. Ce qui n'est plus enseigné dans une vaine Ecole des Beaux-Arts, la composition, la tradition, bref l'intelligence du métier d'artiste, c'est auprès de lui que les jeunes générations ont été le quérir et si ce maître à forte personnalité fut parfois dangereux auprès de certains élèves qui en manquaient, c'est auprès de ceux pour qui tout autre maître eût été aussi dangereux. L'art d'André Lhote fut souvent taxé de timidité alors que c'est de mesure qu'il s'agit. Le peintre s'est justement efforcé de demeurer à égale distance de la sensation pure et de la spéculation esthétique. Curieusement, comme les autres cubistes que nous avons dits français, c'est dans l'art de manier les passages, qu'il a excellé. Rappelons en bref qu'un passaye est la transcription plastique de ce phénomène optique par lequel se trouvent supprimés certains contours, par exemple lorsque la partie ombrée d'un volume se confond avec l'ombre du fond, passe dans le fond. Ce n'est point là un quelconque exercice de rhétorique picturale, mais bien un des plus surs moyens vers l'uniflcation du tableau, puisque ces passages, maniés avec dextérité, en intègrent réciproquement les différents éléments. Cette excellence à manier les passages, chez les cubistes français, doit être interprétée comme une volonté de classicisme, en tant que par classicisme on entend une recherche d'unité de l'œuvre, par opposition aux styles gothique ou baroque. Et c'est bien comme un peintre classique, typiquement français, qu'apparaît André Lhote, à travers ses œuvres maîtresses : Dimanche, de 1910, — Escale, 1913, — Jugement de Paris, de la même année, — Hommage à Walleau, 1918, — Le marin à l'accordéon, 1920, — La plage, 1922, — Rugby, 1924, — Les amies, 1925, — Léda, 1931. Une importante exposition de l'ensemble de son œuvre eut lieu. en 1943, dans sa ville natale de Bordeaux. Il eut encore une activité importante d'illustrateur, avec, entre autres, «Le dit du vieux marin» de Coleridge, « Escales » de Jean Cocteau, « Les animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux » de Paul Eluard, etc. Le jugement de l'après-guerre fut plus sévère envers son œuvre propre et envers son enseignement; la découverte tardive en France des Kandinsky, Klee, Mondrian, accusa le systématisme de sa leçon. Mais peut-il raisonnablement être tenu pour responsable de l’aveuglement de toute une société, tandis qu’il restait fidèle à une certaine idée qu’il s’était faite du cubisme.

Bibliographie

André Lhote
par JAKOVSKY Anatole, 1947, Floury, 48 reproductions commentés par le peintre. P., Floury, 24-(96) pp., in-8, br., n.c. EO. Editeur Denoel

André LHOTE, retrospective présentée au Musée de Valence, du 15 juin au 28 septembre 2003, édition L. Barbier, antenne éditorale Réunion des musées nationaux, Lyon.

 

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