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Vanber (1905 - 1994)
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Vanber, Sculpteur
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Qui peut mieux parler de Vanber, peintre et sculpteur de Crest que Jacques Clerc son ami, avec qui il fonda en 1961 le Salon Art et Jeunesse de Crest, à l'origine de tout un travail de décentralisation culturelle, artistique, littéraire et théâtrale? Jacques Clerc avait déjà consacré une étude aux dessins et aux peintures de Vanber aux alentours de Crest. Aussi, a-t-il choisi un sujet inédit correspondant particulièrement à son travail de sculpteur.
En octobre 2001 s'ouvrait à Lyon, au Musée des Beaux-Arts une exposition Albert Gleizes. Dans le même temps, Jacques Delatour me demandait d'écrire un texte sur Vanber, peintre crestois de mes amis, décédé en 1994, et qui n'aurait pas manqué de déclarer : «Comme c'est curieux la vie...» Mais je ne voudrais pas récrire ce que j'ai déjà écrit ; et pour ne pas me répéter je vais essayer d'orienter ces propos vers un aspect particulier de l'œuvre de Vanber : la sculpture. J'ai déjà dit' tout l'intérêt du peintre pour l'œuvre de son aîné, son admiration dont il me fit part dès nos premières rencontres vers 1957. Gleizes et Metzinger avaient écrit, en 1912, un célèbre traité : du Cubisme. Mais de nombreux passages par trop théoriques firent accuser les auteurs de dogmatisme. Dans un autre ouvrage conséquent, Vers une conscience plastique : la Forme et l'Histoire, paru beaucoup plus tard en 1932, Gleizes tentait de montrer la source des recherches formelles de cette époque dans une tradition issue de l'art roman du Moyen-Âge. L'œuvre de Vanber montre bien un attrait considérable, plus, une mise en pratique de ces théories. Conforté par la fréquentation des Delaunay, Robert et Sonia, sur lesquels il se plaisait à raconter quelques anecdotes, son admiration allait surtout aux inventions techniques de Delaunay, car elles avaient permis les réalisations monumentales des pavillons de l'air et du chemin de fer à l'exposition de 1937, travaux des plus importants pour l'intégration de l'art contemporain à l'architecture. L'artiste crestois, vers les années soixante revendiquait l'appartenance à ces mouvements post-cubistes et leur prolongation dans une abstraction construite. C'est à propos des peintures sur nature «de l'artiste aux aguets à l'entour de Crest » que les analogies avec l'art des enlumineurs romans ont été mises en évidence.
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Par exemple, regardons les galets peints. La forme de la pierre suggère au peintre un décor ; creux, bosses, accidents guident la main de l'artiste pour inscrire un décor adapté aux sur-faces. Quelque chose de primitif dans ces tracés colorés. On pourrait rapprocher de cet ensemble la sculpture en bois peint, en blanc ou en ocre. Des planches érodées, trouées, un entrelacs de racine tout à fait baroque, une sorte de concaténation végétale. Oiseau, figure symbolique ? En tous les cas on ne peut s'empêcher de penser à ces fabrications, masques ou boucliers des îles du Pacifique, Nouvelle Guinée, Papouasie. Jamais Vanber n'a été aussi «primitif» aussi «barbare», jamais une de ses œuvres n'a été aussi mystérieuse. Autre sculpture, qui, à partir d'un socle cylindrique, voit s'élever, dans un grand élan lyrique, une construction en matériaux aussi contradictoires que du bois, de la terre cuite, de la céramique et des scories, le tout rehaussé d'une polychromie ocre rouge... Dans sa solitude, dans son éloignement des courants artistiques contemporains, Vanber rejoignait, malgré tout, des recherches proches de celles de Bernard Pagès ou de Lüpertz. Parmi les statues non-figuratives on pourrait distinguer deux ensembles : les montages d'éléments en terre cuite complétés de galets et fragments de céramique soulignés de pigments colorés accentuant les harmonies naturelles ; les éléments végétaux, racines ou branches recouvertes de plâtre ou de ciment. Vanber avait su attirer l'attention d'un de ses amis Johannès Chaize sur ces éléments naturels, réalisant tous deux une collection remarquable de racines nettoyées et retouchées constituant un répertoire dede formes imaginaires où chacun peut vagabonder selon ses rêves et ses fantasmes.
Par delà, son intérêt pour ces techniques artisanales et premières que sont tapisserie et mosaïque. On constate un incessant va-et-vient entre le travail figuratif sur le motif et les tableaux abstraits, sans pour autant que ces études soient préparatoires aux peintures. Vanber ne stylise pas, n'abstractise pas comme beaucoup de ses contemporains. Il est figuratif ou il est abstrait, ce qui explique ces continuels aller et retour, difficiles à repérer dans le temps puisque très peu d'œuvres sont titrées et datées. Tout semble se dérouler d'une façon intemporelle. En 1937, répondant à une commande de l'Etat, Albert Gleizes et Jacques Villon avaient dessiné un projet de décoration, VHistoire du vol. Cette peinture destinée au mur d'une montée d'escalier, une fois terminée aurait eu une forme trapézoïdale. L'exécution en fut abandonnée pour son trop grand modernisme. Des années plus tard, Bernard Dorival, alors conservateur du Musée d'Art Moderne reprit ce projet pour en faire une tapisserie. C'est ainsi que Madame Gleizes, en 1960, confia à son ami Vanber la réalisation de la maquette définitive dans un format rectangulaire et la surveillance de son exécution à la Manufacture des Gobelins. Exposée à Valence en 1970, cette tapisserie propriété du Canada est installée au Centre de l'aviation civile de Montréal. Sans doute après ce travail de commande, Vanber commença ses recherches et sa propre pratique de la tapisserie. Il aimait citer, en exemple, le peintre Bissière, retiré pendant la guerre aux confins du Quercy, démuni de matériel à peindre, pratiquant alors l'assemblage de morceaux de vêtements, d'éléments d'étoffe hétéroclites. Ainsi procédait aussi Vanber, mais avec sa propre appréhension de l'espace, sa gamme colorée personnelle et surtout avec sa technique accomplie du collage ; la rencontre d'une jeune artiste, Mireille Veauvy, spécialiste du tissage, lui permit de faire réaliser en basse lice un de ses projets. Fidèle aux inventions des cubistes qui l'ont précédé, pour Vanber le collage est peu à peu devenu une activité importante, primordiale même. Mais rien à voir avec les créations surréalistes ou dadaïstes, à aucun moment il n'a été tenté par ce mouvement. Un refus total, pas de Parapluie sur une machine à coudre.
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Cette pratique des papiers collés, introduisant dans l'œuvre des éléments réels - une certaine façon de piéger le réel - fut vite complétée par celle de l'assemblage d'où procède essentiellement la sculpture. Pour produire collages et assemblages, il faut d'abord être collectionneur des matériaux de base, fouineur, récupérateur. Les remblais, les poubelles, les décharges sont des lieux privilégiés pour ces artistes toujours aux aguets d'un possible. Les berges de la Drôme, le lit de la rivière en étiage, étaient devenus comme un second atelier pour Vanber qui trouvait là tous les éléments utiles à sa sculpture : les galets d'abord, les fragments de poterie, de briques, les tessons de céramiques, de carrelage, les bois flottés érodés par le courant. Le plâtre et le ciment remplaceront la colle, plus même ils auront aussi fonction de compléter ce que les formes naturelles ne peuvent suggérer. Vanber était un «bricoleur» de grand talent, du verbe bricoler cher à Levi-Strauss. Le bricoleur doit interroger les objets hétéroclites qui constituent son trésor, être opportuniste pour procéder à leur arrangement. «Il y a plus : la poésie du bricolage lui vient aussi, et surtout de ce qu'il ne se borne pas à accomplir ou exécuter ; il "parle" non seule-ment avec les choses (...) mais aussi au moyen des choses : racontant par les choix qu'il opère entre des possibles limites, le caractère et la vie de son auteur. Sans jamais remplir son projet, le bricoleur y met toujours quelque chose de soi.»
Quelques-unes de ces racines se terminent par des personnages : petite danseuse, torse féminin qui pourrait être allégorie de la musique. En effet, le grand vide entre le torse, le tronc d'arbre, le bras droit et la branche présente une analogie avec une forme musicale : lyre, harpe... Cet élément végétal (tronc-branche) a quelque chose d'anthropomorphique comme beaucoup des travaux de Vanber. Autre sculpture des plus troublantes, un homme de plâtre, les bras levés, sort d'un tronc d'arbre scié ; la jambe gauche cassée est rem-placée par des racines dénudées de leur écorce ; malgré la maladresse dans le traitement des formes, l'ensemble produit une impression étrange, comme un sentiment de souffrance. Du haut du pont de Crest, Vanber regardait les Demoiselles de la Drôme ainsi nommées par l'auteur de l'article. L'une est entièrement réalisée en galets, légèrement fixée ; son poids l'entraîne en dehors du socle ; elle s'abandonne dans le courant de la rivière. L'autre conservée au Musée de Valence depuis la donation faite par l'artiste avant sa mort, faite de plâtre, de bois, de terre cuite, de pierre, est une ondine en train de nager au milieu des tourbillons du torrent. On peut dire que cette sculpture est une sculpture de peintre, d'un artiste qui ne possédait ni les méthodes, ni les connaissances traditionnelles spécifiques à cet art. Mais c'est ce qui lui a donné cette grande liberté d'expression, cet élan créateur sauvage et barbare. La transposition de ces œuvres dans le bronze pose un problème, la fonte ne peut créer qu'un effet de distanciation étranger aux matériaux qui les composaient et effacer délibérément la spontanéité qui anime ces réalisations dans l'espace. Le métal dérobe à la vue la véritable nature des composants et occulte les éléments du réel si nécessaires à la création de Vanber et devant lesquels il aimait tant rêver. Il citait lui-même Fernand Léger : «la réalité, c'est l'expression propre du peintre, la qualité des valeurs plastiques, le rêve et la liberté.»
Article publiée dans "Etudes drômoises" n°14-juin 2003
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