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Devant la production de Vanber, on est tout d’abord impressionné par le foisonnement de son travail, une vie à peindre, dans tous les sens du terme. Mais on est aussi déstabilisé par des travaux qui semblent si différents que l’on a du mal à imaginer qu’ils émanent d’un seul artiste, les choses deviennent encore plus difficiles quand on sait que Vanber n’a jamais daté ses tableaux, de plus il lui arrivait de « reprendre » des œuvres déjà terminées depuis dix, quinze ans, tout cela rendant un éventuel classement chronologique difficile.
Et si aujourd’hui on vous présente cet itinéraire dans son œuvre, c’est en étant bien conscient que cela reste un parti pris,c’est surtout à travers l’actualité artistique, à travers ses rencontres et ses formations que nous avons voulu illustrer une vie toute entière dédiée à la peinture… Ce parcours commence très tôt, signe du destin ; il fréquente Jean Batiste Guillemet qui passe deux mois dans l’année dans l’hôtel tenu par sa tante où lui même passe ses vacances d’été. C’est peut-être en le regardant peindre sur les plages de Barfleur qu’une vocation est née ?…
Il entre à l’école Nationale des Beaux Arts à Paris dans l’Atelier de Cormon, qui l’entraîne très vite à l’Académie Frochot à Montmartre - Académie privée où Fernand Cormon enseigne aussi avec Metzinger, déjà théoricien du cubisme avec Albert Gleizes. A la mort accidentelle de Cormon la relève devait être assurée par Maurice Denis que Vanber admirait beaucoup : ne manquant aucune occasion de nous remémorer sa célèbre phase sous forme de boutade « un tableau avant d’être un cheval de bataille,une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblée ».
Cette Académie jouera un rôle considérable pour Vanber surtout au niveau relationnel ; Vanber va rencontrer Metzinger, c’est l’un des protagonistes de la section d’or ; avec Villon, Léger, Lhote, Gleizes, Delaunay. La section d’or défend les théories du cubisme et remet d’actualité le nombre d’or comme, par exemple, l’architecte le Corbusier avec sa théorie sur le modulor. Gleizes s’installera à Serrières en Ardèche au bord du Rhône, à Moly Sabata ; il va tenter une expérience communautaire d’artistes, où ces derniers devaient produire une œuvre qui devait faire vivre financièrement la communauté. A ce propos on dit que la vie à Moly était souvent comparée à une vie monastique, de renoncement au confort élémentaire. Encore une fois des principes s’imposent, l’importance de l’œuvre des mains : le savoir faire intelligent des artisans et des paysans, l’attrait de l’art populaire à opposer à l’art des salons, et enfin la nécessité de transmettre des acquis par l’enseignement écrit ou oral. Si nous présentons la peinture de « L’histoire du vol » par Gleizes et Villon, c’est pour illustrer le lien d’amitié qui existait entre les deux artistes.
André Lhote s’installe a Mirmande en 1926. Fervent défenseur du patrimoine local, il écrit « Petits itinéraires à l’usage des artistes » ; c’est pour Vanber l’occasion de rejoindre la Drôme en vélo ! Il nous laisse ses premières impressions de notre région à travers des lettres qu’il écrit et surtout qu’il illustre largement quand il correspond avec le neveu de sa femme, J-F Théry…
Il est séduit par la région, les propos de Lhote font mouche, il veut s’installer à Mirabel, mais il ne trouvera qu’une maison bien modeste à Crest. Là encore ce sera l’occasion de mettre en pratique les théories énoncées par son ami André Lhote dans « Traité du paysage »; les villages d’Aouste, Divajeu, Eurre, Mirabel, sont a porté de mobylette…
Rares sont les vues intérieures de Crest, il ne promène pas son chevalet aux quatre coins de la cité, il se place face à la ville qui est surplombée par ce donjon féodal : ce tableau, maintes fois recommencé, en gouache en huile, devient un exercice pictural favori, rappelant le travail de son ami Robert Delaunay, expérimentant le cubisme dit analytique qui par un travail de série représente la Tour Eiffel – on parle de déstructurations. Après des peintures de plus en plus cubistes de la tour surplombant la ville, un arbre est placé devant donnant le prétexte d’un nouveau rythme dans l’œuvre. La tour a perdu sa suprématie, je me souviens avoir vu derrière une de ces vues, un titre, rare chez Vanber : « l’arbre de la liberté » ; on peut s’interroger sur le double sens de cet appellation, ne s’agit il pas d’une liberté qui va le mener vers l’abstraction ? Ne met-il pas en pratique la vision de Gleizes dans la recherche de la simplification, l’effacement progressif de tout accessoires…
Deux axes de recherche le motivent parmi d’autres, mais qui me semblent intéressantes par rapport a cette expo : « le précepte de ne plus imiter la nature, mais sa seule opération de créatrice de formes », et une sentence forte « que le tableau n’imite rien ». Pour composer une toile, il reste le rythme et la couleur, deux choses que saura parfaitement maîtriser notre artiste, le triptyque présenté au troisième étage en est une brillante démonstration : il est en quelque sorte l’aboutissement de son œuvre, la quintessence de ses recherches… Mais Vanber est aussi un pionnier : tout particulièrement dans son travail de papiers colles. Les premiers travaux datent des années 1938, plus tard il aborde la mosaïque et le patchwork dans le même état d’esprit.
Enfin, les sculptures permettent à Vanber de mettre en pratique l’idée de s’approprier une forme déjà existante, elles portent souvent un nom qui rappelle la Drôme souvent sous des formes féminines… Vanber bricole, scrute, il nous ouvre l’œil sur le quotidien, le résultat laisse sous le charme… tout en respectant des règles édictée par ses amis cubistes Gleizes et Lhote, Vanber nous offre une œuvre plus sentie que pensée…. Devant toutes ces œuvres ici rassemblées, on jauge le travail d’un artiste qui, avec passion et modestie a presque enjambé ce XXe siècle, on peut être fier qu’il ait fait participer notre région et notre ville à la grande aventure de l’art moderne.
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